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LES RENCONTRES FRANCOPHONES . . . . . . . Par Gigi Olmstead
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Culture
Bernard Zinck
Violoniste, concertiste et pédagogue
contact: bezinck@gmail.com / www.bernardzinck.com
Tel: 773-561-7939

Ville natale : Tours
Résidence actuelle : Chicago
Aux USA depuis : 1987
Sept questions a
G.Olmstead: Bonjour Bernard, quel plaisir d’accueillir un musicien aussi talentueux dans
notre rubrique !  Parlez nous de votre histoire d’amour avec les Etats-Unis.

B.Zinck: Au tout départ, ce fût un hasard.  Après mon prix au Conservatoire National Supérieur
de Musique de Paris, j’ai obtenu une bourse de la fondation Fulbright pour me perfectionner à la
Julliard School de New York.  D’une façon très naturelle, cette année s’est vite transformée en
un cursus de quatre années, ce qui me permit de refaire mes études (mes études scolaires s’
étant terminées à 15 ans quand je suis rentré au CNSM).  C’est donc à New York, peut-être la
ville la moins américaine, où j’ai pu savourer mes premières expériences outre-atlantique.  
Après un retour à Paris de 1991 à 1995, j’ai suivi un programme de doctorat à Philadelphie, et
en 1998, j’ai obtenu un premier poste universitaire à l’université du Nouveau-Mexique.  Après la
culture assez européenne de la Pennsylvanie, j’ai vraiment apprécié le métissage des cultures
(Hispanic-Native-Anglo) du sud-ouest aux paysages si saisissants et austères.  Voulant me
rapprocher d’un centre culturel important, j’ai donc troqué le paysage aride du Nouveau-Mexique
pour celui plus verdoyant du Midwest.  Ces deux carrières de concertiste et de professeur qui se
complètent parfaitement me comblent, et j’utilise avec un grand bonheur nos longues vacances
scolaires pour donner des tournées, participer à des académies d’été, et revoir notre bonne
Europe.

GO: Notre site s’adresse en priorité aux francophones à Chicago.  Etes vous un membre actif
de la communauté française ?

BZ: Plus peut-être qu’avec la communauté française, je suis investi dans la communauté
musicale de Chicago qui, en fait est très internationale, avec des collègues français mais aussi
anglais, italiens, chinois, coréens, ou brésiliens. Je suis tout le temps à l’affût de
manifestations artistiques organisées par l’Alliançe de Chicago ou de Milwaukee ainsi que par
le Consulat. Evidement, j’aime à me retrouver entre français pour partager un bon repas, soit
dans les nombreux restaurants français de la ville soit à la maison. Mon ami Bruce et moi-
même aimons beaucoup cuisiner français et les diverses cuisines du monde!

GO: Vous avez vécu dans différentes villes américaines pour votre carrière.  Pourquoi avoir
choisi Chicago comme votre « Home Sweet Home » ?

BZ: Chicago est une ville de culture, belle, aérée, changeante, cosmopolite, gourmande.  En
hiver, elle se transforme en citadine rude, gelée, enneigée et frileuse.  Les musées et lieux de
concerts sont les bienvenus. Les manifestations culturelles abondent: CSO, Lyric Opera, Joffrey
Ballet, Columbia College, Music of the Baroque, Steppenwolf en plus de compagnies
prestigieuses (American Ballet Theater, San Francisco Ballet…) en tournées a Chicago.  En été,
notre ville devient cité balnéaire.  Le lac et ses belles plages offrent farniente, détente et
fraîcheur.  Les pistes cyclables sont encombrées de joggeurs, roller-bladers, et cyclistes en
tous genres.  Les chiens ont même leurs propres plages.  La célèbre architecture moderniste
est un plein éclat et les croisières sur la rivière permettent de voir la ville sous un autre angle.  
De plus, les festivals de Ravinia, Grant Park, et Rush Hour (Cathédrale Saint James) permettent
aux habitants et touristes de faire des nouvelles découvertes artistiques.  Mais été comme hiver,
Chicago est une ville où l’on fait bonne chaire, soit dans les quartiers touristiques du centre, ou
ceux plus à l’écart comme les quartiers vietnamiens d’Argyle ou chinois de Chinatown, italien
de Taylor Street,  éthiopiens, indiens, arabes du North Side, polonais ou ukrainiens du West
Side.  Contrairement à certaines villes américaines, on trouve de tout ici  avec des épiceries de
produits du monde entier qui se cachent ici et là.  Bref, quand le poste de directeur de la section
cordes à l’université du Wisconsin à Milwaukee s’est trouvé libre, je n’ai pas hésité une
seconde et j’ai posé ma candidature.  Depuis ma titularisation (tenure), j’ai donc décidé d’
habiter à Chicago.

GO: Parmi tous vos voyages et concerts aux 4 coins du monde, quelle est la ville qui vous a
le plus impressionné, ou plu ?  

BZ: Rome que j’ai la chance de revoir chaque été, est une ville incomparable.  Sa topographie,
sa lumière, son désordre, ses piazzas, ses églises et monuments qui respirent les siècles et
ses trésors qui se cachent dans tous ces musées, Palazzi ou jardins.  Venise où je vais
souvent et Rio de Janeiro, dans des registres très différents, sont aussi des villes bien
enivrantes.

GO: Quels sont vos conseils pour des français désirants s’installer à Chicago ?

BZ: Un esprit conquérant, libre et ouvert, original, avec le moins possible de préjugés (!) est
avant tout un must. Comme dans toutes les villes américaines, Chicago est morcelé en
plusieurs quartiers très distincts les uns des autres, et qui peuvent changer très rapidement d’
une rue à l’autre d’atmosphère.  Une fois choisi son endroit préféré, il faut étudier son quartier –
écoles, hôpitaux, espaces verts, activités culturelles ou pédagogiques, commerces,
sécurité…et se mettre au travail, tout en mettant en place un sérieux networking.

GO: Que faites vous lorsque vous ne travaillez pas, quels sont vos loisirs ou passions ?

BZ: Un musicien n’arrête pas facilement de travailler!  Les concerts demandent une rigueur de
travail qui laisse peu de temps aux loisirs.  Mais entre concerts et cours, je profite de cette
merveilleuse nature que notre région du Midwest nous offre et l’été, je me baigne très souvent
dans le lac, soit près de la maison ou dans le Michigan avec ses belles dunes de sable fin.  
Expositions, concerts, danse et théâtre sont aussi de bonnes occasions pour décompresser. J’
aime organiser avec mon conjoint Bruce des petits dîners entre amis à l’improviste (ce qui n’est
pas une tradition ici à Chicago).  Les voyages sont aussi l’occasion de faire de nouvelles
découvertes avec l’été dernier un magnifique séjour en Alaska, et sans violon.  Bien sur, faire
les antiquaires est un vrai plaisir et l’on trouve parfois des trésors inespérés comme mon
archet du 19ème, de l’archetier français Henri, que j’ai pu acheté pur une bouchée de pain il y a
longtemps en Pennsylvanie – l’affaire du siècle!

GO: Apres 22 ans passés aux USA, finalement qu’est qui vous manque le plus de la France ?

BZ: Comme mes voyages et concerts me permettent de voir ma famille et mes amis en France
de façon très régulière, c’est peut-être idiot d’avouer que ce sont les vieilles pierres de notre
chère France qui me manquent le plus.  Ce côté viscéral de savoir que tel ou tel bâtiment est là
depuis des siècles me donne un sens du suivi de la vie que je ne trouve pas ici.  A chaque coin
de rue, au chaque détours d’une campagne, la vue d’un clocher gothique ou d’une vieille
grange délabrée sait me rassurer, me nourrir, et me donne un sens du relatif, du passé, du
présent, et de l’avenir.  Evidement, pouvoir hésiter devant le choix gargantuesque de mon
fromager du 17ème est un rare et privilégié plaisir que je me plais à savourer lors de chaque
séjour à Paris.
Et puis aussi la nostalgie de nos chers vieux bistrots de quartiers, pre-Starbucks of course qui
sentent bon l’atmosphère française.

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Numero 2 - Mars 2009