Interview Christian Mignet, coiffeur français à Chicago.

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Christian travaille au T. Salon and Gallery, 4705 N Damen Ave
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FIC : Bonjour Christian, depuis combien de temps habites-tu à Chicago ?
CM : Ça fait 3 ans qu’on est là, ma femme Alexandra, ma fille Harper et moi.
FIC : Qu’est-ce qui vous a décidé à partir ?
CM : C’était un projet que nous avions depuis longtemps. J’avais déjà essayé de venir en 2005 via mon travail, et finalement le visa avait été refuse. Du coup nous avions mis ma carrière de côté et privilégié la carrière d’Alexandra qui est institutrice. Nous venons de Bretagne, mais nous sommes partis pour Paris pour faciliter la carrière d’Alexandra, avec toujours les Etats-Unis dans un coin de nos têtes. Mais nous n’y croyions pas vraiment. Et en 2012, Alexandra a contacté des profs a l’étranger qui lui ont expliqué comment postuler un peu partout dans les écoles françaises aux US, et Chicago était le meilleur projet. Au départ nous avions vraiment envie de New-York, nous ne connaissions pas du tout Chicago, mais nous nous sommes dit qu’être sur place nous permettrait d’éventuellement bouger après, et en fait nous sommes tombés amoureux de la ville.
FIC : Ta fille Harper était née avant votre départ, ce n’était pas dur de partir avec un très jeune enfant ?
CM : Elle avait 17 mois, et non ce n’était pas dur, je crois que l’envie était plus forte que tout. Nous avons tout lâché, vendu notre appartement en région parisienne, nos meubles, tout ! Mais finalement c’était avant le départ que ça a été dur. A la base, le LFC (Lycée Français de Chicago) ne voulait pas engager Alexandra à cause de moi – j’avais l’impression d’être un chat noir – parce qu’ils ne connaissaient pas le milieu de la coiffure américain et qu’ils avaient peur que je ne trouve pas de travail et que ça nous pousse à repartir trop vite. Finalement en mai nous avons profité d’un départ d’un prof à la dernière minute pour être acceptés, et nous somme partis ! En sachant déjà que nous n’allions pas revenir.
FIC : Vous ne prévoyez pas de revenir en France ?
CM : Non, pas du tout. Nous avons fait une demande de carte verte très rapidement, donc nous sommes partis pour rester. La carte verte permet d’éviter le couperet des visas de travail, nous sommes plus tranquilles. Nous sommes bien à Chicago, nous n’avons pas envie de bouger, ni de rentrer.
FIC : Quelles ont été les difficultés de ton installation à Chicago ?
D’abord la langue. Moi je ne parlais pas du tout Anglais quand je suis arrivé donc ça n’a pas été facile. J’ai arrêté les études avant la fin du collège, donc je n’ai pas eu beaucoup de cours de langue… Il a fallu que je récupère mon retard. Mais en même temps j’ai toujours aimé les Etats-Unis et l’Anglais, donc je m’y suis fait. Et évidemment les gens en France nous manquent : la famille, les amis… Ça ce n’est pas évident.
FIC : D’un point de vue professionnel, qu’est-ce qui a changé pour toi à Chicago ?
CM : beaucoup de choses. Par exemple là où je travaille, les clients sont plus cools que ceux que j’avais à Paris. Ici, ils me laissent le choix du shampoing, du soin, d’un brushing ou non… J’ai plus l’opportunité d’être créatif. Mais la mentalité de travail de mes collègues, c’est sûrement le plus gros changement. En France la coiffure n’est pas un bon métier, les gens ne sont pas reconnus parce ils font un métier manuel… Ici c’est plus considéré comme un métier artistique, et les conditions de travail sont meilleures. Nous sommes mieux payés, nous sommes plus reconnus… Et puis les gens sont contents de faire ce qu’ils font, ils ont la pêche, le sourire, quel que soit leur âge, leur situation… ça me change la vie !
Sinon, mon métier en lui-même n’a pas changé. Je pense que j’ai entre 90 et 95% de clientèle française, parce que je suis Français et aussi qu’il n’y a pas de chaines de coiffures françaises présentes à Chicago. Et en plus, la formation des coiffeurs est franchement inférieure à celle dispensée en France, donc les Français viennent me voir parce qu’ils sont rassurés sur ce qu’il va se passer. Et puis c’est forcément plus facile pour eux de parler de ce qu’ils veulent dans leur langue maternelle. Et j’ai aussi des clients qui ont eu des mauvaises expériences avec des coiffeurs américains.
FIC : Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
CM : D’abord la création. Il n’y a pas deux clients pareils, c’est toujours différent, et du coup c’est super créatif. Créer du changement chez les gens, c’est génial ! Et puis le contact avec les gens est super riche, j’ai l’impression de voyager grâce à mes clients. La dernière fois j’ai coiffé un contrôleur aérien, il m’a raconté son métier, je n’avais jamais entendu des histoires comme ça !
FIC : Est-ce que tu as des projets professionnels dont tu as envie de nous parler ?
CM : Le côté français c’est vraiment important pour moi, ici je développe mon côté « French Touch ». Donc ce que j’aimerais faire c’est ouvrir une sorte de studio « French Touch », pas un salon avec pignon sur rue, mais un petit lieu vraiment personnel, avec une ambiance française, où je pourrais recevoir mes clients de la manière dont j’ai envie, aux horaires qui me conviennent. J’apprécie travailler au salon, c’est agréable d’avoir des collègues, mais j’ai aussi envie d’un lieu à moi, à ma manière.
FIC : D’un point de vue personnel, qu’est-ce que tu apprécies le plus à Chicago ?
CM : Ce n’est pas original mais c’est le lac. Je cours beaucoup, donc beaucoup autour du lac. En plus, le building que je préfère c’est la Hancock Tower, et donc aller courir sur le bord du lac et découvrir la skyline qui s’ouvre, avec la Hancock généralement en premier, c’est une des choses que je préfère.
En fait Chicago c’est un parfait mix pour nous. Moi je suis de Saint-Malo donc j’ai besoin de la mer, ma femme est Rennaise donc très citadine. Et à Chicago nous pouvons aller dans la même journée à la plage pour moi, en centre-ville pour ma femme, et dans les parcs pour ma fille !
Et puis, je suis aussi tombé amoureux des gens ici. La région parisienne a été compliqué pour nous, et en arrivant ici nous avons eu l’impression d’une bouffée d’oxygène. Par exemple l’insécurité dans les transports, c’était très pesant pour moi, et ici je suis tranquille. Ici les gens te laissent tranquille, te laissent sortir du métro, te respectent. Je ne veux pas dénigrer Paris, mais je pense qu’ici c’est culturel, ce respect des autres.
FIC : Et qu’est-ce que tu apprécies le moins ?
CM : Là encore je ne vais pas être original, probablement l’hiver ! Mais en fait je ne suis même pas sûr de ça. Là c’est dur parce que c’est les premiers froids, ça fait toujours bizarre, on n’est pas prêt. Mais en réalité l’hiver ne me dérange pas, et on n’a pas ça en France, les grands froids. Ça a aussi son charme la neige, la glace, tout ça. Je pense que c’est trop tôt pour les choses que je n’aime pas ici, pour l’instant il n’y en a pas vraiment !
FIC : Quel est ton quartier ou ton coin préféré dans Chicago ?
CM : J’adore le carrefour de Diversey, Clark et Broadway, et en partant de ce carrefour, Broadway qui remonte jusqu’à Belmont. C’est vivant, j’aime l’ambiance. J’aime aussi beaucoup Wigreyville, et la saison passée avec la victoire des Cubs, c’était vraiment fort là-bas.
FIC : Qu’est-ce que tu voudrais encore découvrir à Chicago ?
CM : Nous n’avons pas encore fait le planétarium, ni vu de match des Blackhawks Et nous voulons aussi aller visiter un peu plus les alentours, la nature autour de Chicago, ou les villes proches. Mais faut dire que nous avons déjà fait beaucoup de choses. J’adore l’histoire donc de ce côté-là j’ai tout fait ou presque !
FIC : Est-ce que tu partagerais ton coin secret avec French in Chicago ?
CM : Mon diner préféré c’est le Stella diner, à Lakeview. C’est un petit dinner sympa, géré par la même famille depuis les années 60, bon et pas cher, et nous y emmenons toujours les gens qui viennent nous rendre visite à Chicago. Le propriétaire est génial, il vient jouer avec ma fille, il fait des tours de magie… Nous nous y sentons bien, donc nous y allons souvent.
FIC : Toi qui as une petite fille, Chicago c’est bien pour les enfants ?
CM : Tout à fait, il y a plein de parcs, d’aires de jeu, l’été il y a des piscines gratuites, les musées sont peu chers voire gratuits pour les enfants, il y a plein d’autres d’activités… Et puis nous avons la chance d’avoir le LFC, et c’est vraiment une opportunité pour notre fille.
FIC : Merci Christian !

Ajouté par Guilabat, jeudi 2 février 2017